Conseil absurde

Autant que moi malade et , as-tu goûté Quand ton être ployait sous les fièvres brandies, Quand tu mâchais l' des maladies, Le coupable conseil de l'inutilité ? Et doux soleil qui baise un oeil éteint d'aveugle ? Et fleur venue au tard de l'hiver ? Et plume d' soufflée au vent de fer ? Et neutre et vide écho vers la qui meugle ?
O les rêves du rien, en un cerveau mordu D'impossible ! s'aimer, dans son effort qui leurre ! Se construire, pour la détruire, une demeure ! Et se cueillir, pour le jeter, un fruit tendu !
Hommes tristes, ceux-là qui croient à leur génie Et fous ! et qui peinent, sereins de vanité ; Mais toi, qui t'es instruit de ta futilité, Aime ton vain désir pour sa toute ironie.
Regarde en toi, l'illusion de l'univers Danser; le monde entier est du monde la dupe ; Agis gratuitement et sans remords ; occupe Ta vie absurde à se moquer de son revers.
Songe à ces lys royaux, à ces roses ducales, Fiers d'eux-mêmes et qui fleurissent, à l'écart, Dans un jardin, usé de siècles, quelque part, Et n'ont jamais courbé leurs tiges verticales.
Inutiles pourtant, inutiles et vains, Parfums demain Perdus, demain mortes, Et personne pour s'en venir ouvrir les portes Et les faire servir au pâle orgueil des mains.

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

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