Avec le ciel doré, le vent, la voix...

Avec le ciel doré, le vent, la voix des chênes, L'ombre qui redescend les collines et l'homme Qui redescend l'amour, j'écrirais des poèmes Pareils par la douleur aux soirs d'extrême automne.
Ceux qui portent le poids d'un cœur mélancolique Y viendraient dans la fin solennelle des choses, Les uns, prier, rêver, d'autres, pleurer, et d'autres, Remplir leurs yeux pensifs du couchant de la vie.
« Le déclin du soleil, diraient-ils, nous est bon, À nous qui sommes pleins d'ennuis et solitaires, Et le parfum de mort qui monte de la terre Enivre en nous tes fils amers, ô vieux .
Ah ! Qu'il fut vain d'aimer, de lutter et de croire ! Le sans cesse a faim des belles formes ; L'homme efface en riant ses antiques symboles, Et le temps a bouché les clairons de la gloire.
Enfin le soleil meurt dans la cendre nocturne, Le jour las s'abandonne entre les bras du soir, La vieille année expire, et nous allons pouvoir Nous mêler au sommeil de l'immense nature. »
Et les mortels plaintifs, remâchant leurs soucis, Boiraient la froide nuit aux pages de mon livre : Au bord d'une eau qui roule un ciel lugubre, ainsi Les roseaux jaunissants gémissent sur la rive.
Mais je renonce à t'enfanter, livre infécond Qui courberais encore plus bas le dos des faibles, Car j'ai vu les puissants travailleurs de la Semer d'un bras qui semble écarter l'horizon ;
Et je veux, en dépit de la mort souveraine, Affirmer qu'il est beau de vivre et d'être fort, Et marcher parmi ceux que l'espérance entraîne Au-delà des chemins jonchés de feuilles d'or.

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

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