Le Sylphe

L'aile ternie et de rosée humide, inconnu, parmi les fleurs couché, Sous une feuille, invisible et timide, J'aime à rester caché.
Le vent du soir me berce dans les roses ; Mais quand la nuit abandonne les cieux, Au jour ardent mes paupières sont closes : Le jour blesse mes yeux.
Pauvre lutin, papillon éphémère, Ma vie, à moi, c'est mon obscurité ! Moi, bien souvent, je dis : « C'est le mystère « Qui fait la volupté ! »
Et je m'endors dans les palais magiques, Que ma baguette élève au fond des bois, Et dans l'azur des pâles Je laisse errer mes doigts.
Quand tout-à-coup l'éclatante fanfare A mon oreille annonce le chasseur, Dans les rameaux mon faible vol s'égare, Et je tremble de peur.
Mais, si parfois, jeune, rêveuse et belle, Vient une femme, à l'heure où le jour fuit, Avec la brise, amoureux, autour d'elle Je voltige sans bruit.
J'aime à glisser, aux rayons d'une étoile, Entre les cils qui bordent ses doux yeux ; J'aime à jouer dans les plis de son voile Et dans ses longs cheveux.
Sur son beau sein quand son bouquet s'effeuille, Quand à la tige elle arrache un bouton, J'aime surtout à voler une feuille Pour y tracer mon nom...
Oh ! respectez mes jeux et ma faiblesse, Vous qui savez le secret de mon cœur ! Oh ! laissez-moi, pour unique richesse, De l'eau dans une fleur.
L'air frais du soir ; au bois, une humble couche ; Un arbre vert pour me garder du jour... Le sylphe, après, ne voudra qu'une bouche Pour y mourir d'amour !

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

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