Les braconniers et le lièvre

Fable IX, Livre IV.
Prétendons-nous au même office ; Aspirons-nous au même objet, Sous-lieutenance ou bénéfice, Trône ou fauteuil ; en ce projet, Mes bons amis, que Dieu nous serve ! Mais, comme entre nous tous il n'en peut servir qu'un, D'un travers, dès longtemps commun, Qu'au moins sa bonté nous préserve ! Des vœux sont-ils des droits ? Non, camarade : hé bien ! Qu'au bonheur d'un rival notre raison pardonne. Nous a-t-il dépouillé, pour s'emparer d'un bien Qui n'appartenait à personne ?
xx Deux braconniers chassaient le long d'un bois, Etrangers l'un à l'autre et pour gain et pour perte ; Mais bons amis : l'un d'eux était un vieux ; L'autre jeune, et parfois plus étourdi qu'alerte. Il voit passer un lièvre, et ses cris aussitôt D'ébruiter ce qu'il doit taire.
Le vieux , tout au contraire, D'ajuster sans dire un seul mot ; Et, pan ! voilà le lièvre à terre. « Quoi ! » dit le bavard étonné, Et qui, dans son dépit, avait presque la fièvre, « Quoi ! venir jusque sous mon né, Venir me prendre ainsi mon lièvre ! » « — Lui ! ton lièvre ? es-tu fou ? te moques-tu des gens ? » Dit l'autre en se jetant sur la pièce abattue. « Ton lièvre ? » dis le mien. « Lièvre qui court les champs N'appartient, mon ami, qu'au chasseur qui le tue. »

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

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