Réflexe

Toi, Mal, dont l'homme a fait son fardeau périlleux Pour ne pas condamner l'ouvrage de ses Dieux, Si tu n'allumais pas les convoitises rouges Dans les mille regards qui sur les choses bougent ; Si tu n'assaillais pas la lande et la cité, Hérissé d'égoïsme et de fatalité, Comment l'homme irait-il, aveugle, sans indice, Par-delà la nature adorer la justice ?
Toi, Souffrance, qui prends l'être insensible et lourd De son sommeil dans le néant depuis toujours, Le mords, ouvres ses yeux, exploses dans son âme Et libères l'idée au contact de la flamme, Sans toi comment sentir le frisson souverain D'être une conscience en l'éternel dessein ?
Toi, Mal, qui t'assouvis en créant la souffrance, Toi, Souffrance, où le mal médite et se condense, Par vous l'humanité, loin du repos charmeur, Dépasse son désir d'un ciel inférieur Et s'élève, parmi les éclairs et la cendre, Jusqu'à la dignité suprême de comprendre.
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