Appréhension

Ai-je voulu ma vie assez libre et changeante, Pleine d'amour, de bruit, de départs et de jeu ? L'ai-je nourrie assez de labeurs, de tourmentes, De parmi les passions hurlantes Et de courses des bas-fonds jusqu'à Dieu ?
J'allais prophétisant : Je pourrai, les jours fades, Susciter des jardins complets de souvenirs Et m'arrêter, pensif, à chacun de mes stades. Ému, je reverrai les espoirs et les , Dans les matins flambants, s'estomper et grandir.
Or voici que le feu créateur m'abandonne Et que nul fétichisme à sa place ne vient. D'appeler le passé somptueux l'heure sonne. Vain projet ! Au seul temps où sa force bouillonne Mon esprit peut construire un temple aérien.
Sur des pointes de fer roule ma conscience. Je veux dormir, m'emplir d'ombre, ne pas penser, Et je crains, à me voir chercher l'inexistence, De n'avoir point, jadis, rêvé de vie intense Autant que je n'aspire à me décomposer.

Les mots et tournures soulignés sont expliqués : survolez-les ou touchez-les. Voir le glossaire

❧
❧