Alphonse Esquiros
Alphonse Esquiros (1812/1814–1876) est un poète romantique et écrivain socialiste, à la croisée de la mystique, de la politique et de la littérature. Issu d’un milieu aisé et formé dans une éducation religieuse rigoureuse, il cherche très tôt à concilier foi chrétienne, idéaux socialistes et aspirations romantiques. Admirateur fervent de Victor Hugo, proche un temps du Petit Cénacle, il se fait remarquer avec Les Hirondelles, manifeste poétique d’une « République des lettres » nourrie de panthéisme et d’espérance sociale.
Essayiste, romancier et pamphlétaire, Esquiros multiplie les engagements : défense des prostituées (Les Vierges), relecture socialiste des Évangiles (L’Évangile du peuple), fresques historiques (Les Montagnards). Ses prises de position lui valent procès et prison, d’où naissent les Chants d’un prisonnier. Acteur de 1848 puis exilé, collaborateur fidèle de La Revue des Deux Mondes, il incarne une figure ardente et contradictoire du romantisme engagé, où l’élan lyrique sert une quête obstinée de justice et de sens.
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À Victor HugoToi que, dans nos cieux, un nuage Voiturait parmi les hivers ; Et qu'en se crevant, un orage A jeté de ses flancs ouverts : Aigle, couvé par le tonnerre, Fils des cieux, tu suspends ton aire A…
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Je n'ose plus aimerJe n'ose plus aimer : Tous ceux que dans la vie, Comme un souffle brûlant, mon amour a touchés, Ont senti se flétrir leur jeunesse ravie, Et pareils à la fleur qu'un soleil a ternie, Sur leur tombeau…
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L'aigleLe soleil était pâle ; une mer ondoyante Enflait à gros flocons son écume bruyante Et se brisait contre un rocher ; Une île, au sein des flots, s'élevait en silence Et sur ses bords déserts, d'où le…
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La lampe du poèteLa lampe du poète agonisait dans l'ombre ; Des rapides printemps il voyait fuir le nombre ; La faim, de son toit pauvre, écartait les amours ; Sa cruche se vidait, et couché sur la paille : « Il faut…
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La solitudeOui, voici bien les lieux que fréquentait Elise ; C'est ici tendrement que résonnait sa voix ; C'est là, c'est sur ce banc que je la vis assise Pour la dernière fois. Pourtant, rien n'a changé ;…
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Le SabbatÔ peuples ! Savez-vous (c'est l'opprobre du monde) Qu'au sein de vos cités râle une orgie immonde : Minuit sonne, écoutez ! C'est l'heure du sabbat, Où des vieillards quinteux, couronnés de folie,…
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L'orageC'était un beau spectacle au milieu des ténèbres. La lune qui sortait de ses voiles funèbres, Et qui glissait entre deux tours ; L'orage qui là-bas s'avançait dans les nues ; Le château qui voyait,…
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Ma MuseLe soir répandait son mystère Sur le bois chaste et solitaire ; Le rossignol harmonieux Déployait sa voix cadencée, Et chaque feuille balancée Rendait un son mélodieux. Assis sous la verte ramée, Je…
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Ni plaisir ni peineA la brise du soir quand les feuilles frémissent, Quand le soleil rougit dans un beau ciel d'été, Quand les nuages d'or à l'horizon se plissent, Quand le silence vient, et quand les bois s'emplissent…
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Qu'est-ce que la vie ?Depuis bientôt vingt ans, je passe sur la route ; Mes yeux regardent tout et mon oreille écoute ; Deux rois ont laissé choir leur couronne à grand bruit. J'ai vu tout pouvoir vain, toute gloire…
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SouvenirL'haleine jusqu'ici des Zéphyrs inconstants. Sur l'Océan du monde a gonflé notre voile ; Et notre frêle esquif à l'abri des autans, Pour arriver au port suivit la même étoile. Pour toi le ciel est…
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Un homme de moinsTerre, que fallut-il quand l'Europe inondée Ne pouvait retenir la France débordée, Et grosse de fléaux ; Quand les trônes des rois chancelaient sur leur base, Quand nos champs se vidaient, quand la…